Adelap : parlons de mélanges photographiques

En parlant de ses séries photos et de son rapport intense avec l’image (vu dans sa photographie, mais aussi dans son blog et ses notebooks), Alexandra de Lapierre, ‘Adelap’, nous présente sa version de la vie à travers la photographie : une photographie de juxtaposition, de mélanges visuels.

Parlez nous de vos débuts dans la photographie ?

À 12 ans, mon père m’a donné son Canon FTb.
À 15 ans je faisais le concours pour entrer à l’école de photo Quinault.
À 17 ans je faisais des stages dans les agences Sipa press et Magnum.

Je voulais être grand reporter, partir sur le front, raconter avec mes images ce qu’il se passait ailleurs. C’était l’époque du Rwanda, et en rencontrant des photographes tels que Abbas, Depardon, Martine Frank, Delahaye, Koudelka puis Alexandra Boulat, j’ai compris que je ne serais pas de ceux-là, par peur. Je me suis donc dirigée vers une école de graphisme. Grâce à la photo, alors que je ne sais pas du tout dessiner, je m’en suis plutôt bien sortie ! Puis le monde du travail dans la presse musicale et en maison de disques. J’ai presque toujours continué à faire des images. J’ai fais une pause entre 25 et 30 ans entre la naissance de ma fille et celle de mon fils. Aujourd’hui je suis indépendante depuis 4 ans et allie mes deux métiers, photographe et graphiste.
Depuis le début, je travaille par séries. Cela a commencé avec « les lits », une histoire d’une trentaine d’images de lits que j’ai pratiqués entre 15 et 20 ans. En 1999, j’ai réalisé un paravent avec les 365 jours avant l’an 2000, le tout en noir et blanc et en argentique. Je faisais à l’époque quelques petites expositions sur le thème « solitude des lieux », des tirages 30×40 que je réalisais en baryté dans ma salle de bain !!  Le passage au numérique en 2000 m’a permis de réaliser « Enfants de Sally » et depuis « Nous sommes venus prendre des nouvelles des cerises », « J’irai pisser chez vous », « Gueules de gens », « les fêtes imprévues »…

Il y a une grande variété et un dynamisme dans votre travail photographique. Où trouvez-vous cette inspiration ?

Dans l’urgence que mon quotidien m’impose. Je suis une boulimique d’images imprimées, je suis à l’affut de tout. Tout m’inspire, mais ce que je préfère ce sont les coulisses, l’envers du décor : les arrières de l’Opéra Comique, les avants des foires d’art contemporain comme la Fiac, les backstages des défilés, les cuisines de chefs étoilés, les rencontres d’artistes dans des endroits improbables où j’ai l’obligation de réussir un portrait… J’aime avoir ce privilège, être présente avant en toute discrétion, et présenter l’Après. L’Après est toujours plus intense humainement quand il m’a été donné de le vivre en coulisses, de voir le travail de chacun. J’aime rendre hommage à ce qui évolue, se transforme, se prépare.

Les séances thématiques, un objet trouvé, la beauté touchante, un facteur choc – on trouve un peu de tout dans vos images. Comment décrivez-vous votre style ?

Oui, il y a un peu de tout, mais je pense tout de même qu’il y a une ligne directrice : la vie. Telle qu’elle est et telle qu’elle s’offre à moi.
Je ne sais pas rendre les gens « beaux », alors mes prises de vue se dirigent très vite vers ce que personne ne semble vouloir photographier. Je suis attirée comme un aimant vers ce qui me parait grinçant, dérangeant, cocasse, piquant… Je ne veux pas m’interdire de faire des photos, je ne veux donc pas entrer dans une petite boîte ! Je ne veux pas être photographe culinaire, photographe de mode, de studio, de reportage, de mariage ou de je ne sais quoi ! Tout m’intéresse, tout m’intrigue, tout me questionne, j’aime poser des questions avec l’appareil, être là où l’on ne m’attend pas, aussi où l’on ne me veut pas ! J’aime les grands écarts, l’idée d’être partout, de tout comprendre, de tout voir, de tout photographier sans frontière, sans tabou.

Par exemple pour la série « Le repas idéal » toujours en cours, je suis partie du besoin d’entrainement en studio. J’ai participé en septembre dernier au concours de photoculinaire d’Oléron St. Marie. Le principe : un chef, un photographe. Mais je n’avais presque jamais fais de studio, je devais m’entrainer ! Le problème c’est que le chef habite à Bordeaux et que je ne sais pas cuisiner, j’ai donc pris des restes, des choses immangeables et j’ai créé cet univers !
Pour « Crazy Horses », la première fois que je suis allée sur un champs de courses, je découvrais totalement cet univers, et j’ai tout de suite été happée. Depuis j’y retourne régulièrement et suis toujours aussi émoustillée !

Comment choisissez-vous la juxtaposition des images présentés dans votre site ?  Pensez-vous « série » dès le départ ?

Oui, non, parfois, jamais. Je ne sais pas trop. Je débute quelque chose, parfois cela me mène à une série, parfois cela s’arrête tout de suite pour peut-être repartir plus tard… Pour la série « Nous sommes venus prendre des nouvelles des cerises » j’ai cherché dans 10 ans d’archive le rouge, la couleur rouge, la colère, le cri, l’enfance. Mais repartir dans les archives est un travail douloureux…

Certaines images réapparaissent dans plusieurs séries – quelle est la vie de vos photographies ?

Je veux que mes images vivent, survivent. Alors je les utilise, les réutilise. Parfois elles passent de la couleur au noir et blanc, jamais recardées, elles peuvent tout à fait apparaitre dans plusieurs séries. Si je les ai en tirage papier, très vite je me les réaproprie dans des collages, d’autres histoires… Mes notebooks sont mon exutoire, c’est là-dessus que je « crache » le trop plein !

Vous avez aussi un blog – qu’est-ce qui vous à mené à créer ce blog ? Et comment est-ce que la photographie s’y prête ?

J’ai créé ce blog en avril 2007. Au départ, c’était pour vider mes tiroirs, et arrêter d’entasser des tas de magazines, de cartes, des adresses de sites… Puis très vite, il m’a permis d’aller à la rencontre de gens du spectacle, de l’art, de la musique, de les photographier, et de montrer ce travail. Aujourd’hui, plus de quatre ans plus tard, il est toujours un lien important dans mon travail de photographe. Je suis également très présente sur les réseaux sociaux. Mais très sincèrement ils n’y suffisent plus ! J’aime plus que tout l’image imprimée. J’aime les livres, les beaux magazines, j’aime les posséder… et pourquoi pas en réaliser !!

site d’Alexandra de Lapierre