Acey Harper: Le corps dans tous ses états

J’ai rencontré Acey lors de mon propre vernissage car il venait retirer ses tirages au laboratoire situé juste en face. On m’a présenté ce grand photographe avec son projet extraordinaire et beaucoup d’adjectifs supplémentaires. Acey est un homme d’une grande sensibilité et surtout d’une grande humilité, il ne vous vend pas son projet, il vous laisse l’apprécier en toute liberté.

Donc j’avoue, avant d’avoir vu son site, que j’étais sceptique car premièrement la photo de nu n’est pas du tout une discipline qui me touche et s’agissant de contorsionnistes, je me suis dit qu’on tomberait forcément dans les lieux communs de la photographie.

Lorsque j’ai découvert son travail, j’ai été vraiment bluffé par une image moderne, un hommage au corps et à ses nombreuses possibilités. Sa tonalité est parfaitement équilibrée tout comme ses compositions, la force de ses lignes est souvent saisissante. Il joue également de la lumière et des ombres pour mettre en valeur un corps façonné afin de réaliser ces prouesses acrobatiques. J’admire réellement de travail d’Acey car c’est un homme qui se concentre sur l’essentiel, qui travaille dur pour obtenir l’image parfaite.


Bonjour Acey, peux-tu me raconter ton parcours photographique ?

J’ai commencé la photographie en travaillant pour un journal. Au départ, j’étais lecteur d’épreuves, ce qui veut dire que je faisais de petites courses et diverses tâches comme le café, la livraison des copies ou bien j’allais au département photo pour demander la Une du journal qui paraissait le lendemain. C’est ainsi que j’ai découvert la photographie ! Il y avait de très bons photographes au journal et ils m’ont montré avec générosité comment utiliser un appareil photo, développer la pellicule et faire un tirage. Par exemple, ils m’amenaient  avec eux durant leurs déplacements professionnels (they brought me on assignments with them) et ils me laissaient prendre quelques photos. Ensuite, ils regardaient et critiquaient mon travail. Alors, la seule idée que j’ai eue en tête était celle de devenir photographe.

Plus tard, j’ai travaillé comme photographe pour un petit journal situé dans le sud de la Floride. Je n’arrivais pas à croire qu’on allait me payer pour faire des photos ! C’était un boulot de rêve et j’ai tellement appris car j’alternais entre la couverture d’événements d’actualité et le travail en studio avec son éclairage spécifique. Le journal utilisait beaucoup de couleurs et je suis donc devenu doué dans le développement des films transparents. Grâce à l’expérience acquise et à la qualité de mon travail photographique, j’ai gagné plusieurs prix. Quand la maison mère a lancé un nouveau journal national, ils m’ont donc invité à faire partie de la première équipe, ce journal c’était « USA Today ». J’ai parcouru les États-Unis, couvrant les nouvelles importantes et les événements sportifs, faisant des portraits de célébrités ou d’Américains moyens.

Par la suite, j’ai quitté les journaux afin de travailler pour des magazines comme TIME, PEOPLE et FORTUNE. À partir de ce moment-là, j’ai voyagé dans le monde entier et j’ai rencontré des personnalités comme Francis Ford Coppola, Bill Clinton et Imelda Marcos. J’ai couvert des évènements politiques comme les manifestations à Miami ou la guerre en Amérique Centrale, mais j’ai aussi photographié les « coulisses » de films ou les émissions TV. Tout cela était très intéressant et excitant.

J’ai également été iconographe, recherchant et déléguant aux autres photographes des projets, comme par exemple : les femmes en Amérique ou plusieurs inaugurations présidentielles. Être iconographe m’a permis de voir comment les autres photographes « voyaient » et m’a donc appris comment organiser mes propres prises de vue, etc. Regarder toutes les images réalisées sur un sujet par un photographe, c’est inestimable. On apprend comment « voir » et percevoir. J’ai alors élargi ma propre vision et perspective sur le monde.

Parce que j’étais photo reporter et que je documentais les faits sur la vie des gens et de leur histoire, je ne traitais que de la réalité. Alors, j’ai commencé à vouloir explorer autre chose, car j’avais besoin de m’exprimer plus profondément.

Comment est née cette série photographique avec des acrobates dans des environnements inattendus ?

Je travaillais avec un écrivain sur l’idée d’être acrobate. J’ai commencé à faire des photographies avec des artistes de cirque devant un grand fond gris, illuminé par des lumières stroboscopiques. Je faisais des images techniquement parfaites. Les gens sur des trapèzes, en train de sauter sur des trampolines ou exécutant des contorsions au sol. Je me servais de mes compétences dans la composition et dans la gestion de la lumière. Cependant, les photographies étaient jolies mais sans inspiration. Elles ne me plaisaient pas et j’ai pris conscience que ces images n’avaient pas d’« âme ».

Je savais que je voulais m’éloigner du côté formel de ces travaux et commencer à voir d’une nouvelle manière. J’ai été motivé et inspiré par le courage de ces jeunes trapézistes et
contorsionnistes qui débutaient chaque journée par la recherche de nouvelles façons de bouger leurs corps et par conséquent de s’exprimer. Pour eux, chaque jour, chaque geste, chaque geste et chaque spectacle, était l’opportunité de créer une version renouvelée d’eux-mêmes. Comme ces artistes, j’avais besoin de trouver une manière fraiche pour m’exprimer et c’est à ce moment-là, que j’ai réinventé ma manière de voir.

Un weekend, je suis parti à la campagne avec l’une de mes trapézistes préférés où je l’ai photographié suspendu à un arbre et s’étirant au bord d’un étang. C’était incroyable ! Les photographies de ce jour-là étaient complètement différentes ; elles ont évoqué un ton, une énergie, une sensation magique qui a déterminé la nouvelle direction de mon travail. Ceci m’a lancé sur un parcours inattendu d’exploration créative.

Je savais que c’était ainsi que je devais continuer mon travail. Enfin, je sentais que je voyais pour la première fois de ma vie ! C’était l’idée de voir l’inattendu. La trapéziste faisait partie du paysage et le paysage était son extension. Alors, j’ai eu envie de faire des photos dans le monde, en-dehors des lieux de spectacle : dans les forêts, dans les déserts, en ville et sur les plages.

J’ai alors cherché un rythme de juxtaposition car il y a trois éléments importants dans la création de ces images : la personne, la lumière et le lieu. Mais chaque élément doit compléter les autres, doit devenir une couche dans l’image. Chaque couche doit être parfaitement juxtaposée aux autres. Donc, ce n’était pas suffisant d’avoir une personne qui réalisait un exploit incroyable avec son corps ; il était important de réaliser cette performance dans un lieu qui rendait écho au mouvement, à la forme ou à l’énergie de son corps. Et enfin, il était impératif que l’émotion du mouvement soit incarnée par la lumière. Je voulais transmettre le sens de l’irréel ou du céleste, ce qui signifiait la recherche de la lumière parfaite, même si nous devions revenir un autre jour pour la trouver. Chaque élément devait émuler le rythme des autres.


Comment choisis-tu ces endroits justement ? As-tu une envie précise ou bien c’est le fruit du hasard ?

Parfois, je trouvais un lieu particulier après avoir cherché pendant des semaines ou des mois et parfois, je les trouvais par hasard. Lorsque je conduisais en ville, ou que je me baladais en forêt. Mais l’élément clef pour chaque lieu était le sens du rythme. Est-ce qu’il me parlait visuellement ? Y avait-il du lyrisme ?

Le processus de création de chaque photo commençait toujours par une rencontre en tête-à-tête avec l’acrobate/artiste. Nous nous retrouvions autour d’un café pour discuter de leurs dons spécifiques, de la pose, de l’équipement, mais le plus important était comment ils se percevaient en tant qu’artiste – quels humeurs ou quels personnages les inspiraient pour leur performance sur scène et quelles images ou émotions nourrissaient leurs rêves ainsi que leurs pensées intimes lorsqu’ils pratiquaient leur art. Je leur demandais d’imaginer dans quel lieu ils pourraient performer. Et puis, je commençais à visualiser la mise en scène.

Pendant que nous développions ce dialogue afin de savoir comment on voulait mettre en place notre séance, une idée de lieu émergeait naturellement. Peu importe le concept : une plage, le désert, suspendu aux chevrons d’un vieil entrepôt vinicole, une vielle usine, ou tordu sur le trottoir du Brooklyn Bridge, cependant, l’important était que le lieu nous semble bien, autant à moi qu’à l’artiste. Je conservais certains emplacements pour un bon sujet, je les avais dénichés soit par le bouche à oreille ou grâce à Google Earth. Souvent, je passais des heures tout seul, en me baladant dans les rues de la ville en voiture, à pied dans les forêts côtières ou dans le désert, tout en cherchant « le lieu ». L’endroit idéal dégageait un feeling, une émotion, mais surtout il correspondait à la personne que j’allais photographier.

Entre la conversation, la trouvaille du lieu et la prise de vue, il pouvait s’écouler une année complète, mais lorsque la séance photo se déroulait, c’était sublime.

Pour finir sur le fruit du hasard, j’ai réalisé la photo d’une femme sur les rails d’un train qui n’était pas prévu. L’acrobate et moi, nous cherchions une source d’eau chaude dans le désert « Black Rock » du Nevada. Nous étions à des kilomètres de la civilisation et nous avons trouvé ces rails. Elle commençait à s’étendre par-dessus et alors j’ai su que c’était parfait. Les rails semblaient disparaître à l’horizon et fusionner avec le soleil qui venait de se lever derrière elle. Nous avons pris la photo en quelques minutes, sans beaucoup de réflexion, ni de préparation. C’était beau et l’image reste une de mes préférées.

Comment choisis-tu tes modèles ? Comment se déroule la rencontre et la collaboration ?

J’ai d’abord approché les élèves qui fréquentaient le Centre du Cirque à San Francisco, une école pour les arts du cirque. J’ai regardé les gens s’entraînaient et j’ai invité les artistes que je trouvais intéressants à poser. Plus tard, après avoir commencé ce projet et alors que j’avais déjà photographié plusieurs personnes, ils ont commencé à me conseiller d’autres artistes et ils ont conseillé aux artistes de travailler avec moi. Qu’importe la situation, l’étape suivante était la discussion dont je vous ai parlée. C’était toujours important qu’on se rencontre et qu’on apprenne à se connaître. Je voulais qu’ils sachent qu’ils pouvaient me faire confiance. J’avais aussi envie d’avoir une connexion avec eux, c’était important. Je n’aime pas travailler avec les gens pour lesquels je n’éprouve pas de l’amitié ou de l’empathie.

Ensuite, il y avait souvent une idée spécifique que je voulais essayer. Parfois l’idée était un succès et je me sentais triomphant. Parfois la première idée échouait ou lorsque l’artiste voyait les images dans mon appareil photo, il suggérait de nouvelles poses et proposait une idée qui faisait de l’image un succès. Je n’avais jamais peur de les écouter. C’était toujours une collaboration. Les acrobates et les photographes ont l’habitude de beaucoup travailler et de rencontrer des épreuves dans leur art respectif. Pour « Private Acts » nous avons partagé les mêmes difficultés afin de réaliser nos visions artistiques.

Selon l’endroit, on se réveillait avant le levé du soleil, on se déplaçait dans l’eau glaciale, on grimpait sur des crevasses jusqu’à se déchiqueter. Nous avons passé des heures à monter l’équipement dans des lieux inaccessibles, à essayer des poses pour réussir l’image que je cherchais.

J’avais des règles et la première était que l’acrobate était responsable. Il pouvait nous demander d’arrêter quand il le voulait. Il ne devait pas se sentir pressé ou forcé à travailler dans des conditions désagréables. J’ai aussi insisté sur la sécurité à chaque fois. Je ne voulais pas qu’ils tentent une performance dangereuse, même à ma demande, si leur sécurité était menacée.

Il y a eu un sens de la collaboration et de l’aventure à chaque mise en scène des photographies. On me demande souvent comment j’ai eu la permission de photographier dans certains endroits. Je n’en avais pas. De temps en temps, nous aimions précipiter le travail, l’acrobate avait envie de grimper sur un mur ou de se contorsionner sur un pont, alors je prenais rapidement la photo et puis on partait, dès fois avec les gardiens à notre poursuite ! En fait, je décrirais ce projet comme l’art de la performance capturée par un appareil photo. Les artistes posaient et improvisaient une performance qui ne sera jamais reproduite dans le même lieu. J’ai pris l’image qui était la somme complète de cette performance improvisée. Ces images-là sont mon projet.

Est-ce que les séances sont compliquées à mettre en place, je pense au métro ou aux endroits publics ?

Certaines ont été très compliquées et d’autres, étonnamment simples. Par exemple, le métro était simple. Je calculais la performance des deux femmes entre chaque train. Au début, une foule se rassemblait sur le quai en attendant l’arrivée du train. La foule à l’intérieur du train poussait pour sortir et la foule du quai poussait pour rentrer, puis le train démarrait. Pendant un petit moment, nous étions seuls. Les femmes se déshabillaient rapidement et prenaient leurs positions. Je photographiais jusqu’au moment ou la foule se reformait ou bien jusqu’à l’arrivée du train suivant. Quand nous avions fini, nous avions tout simplement à prendre le train qui arrivait !

D’autres photos étaient bien plus compliquées. Par exemple, quand j’ai travaillé avec Morgaine Rosenthal, elle était suspendue par la bouche à un palan derrière un camion Chevy 1957 – c’était presque comique ! Nous avions le camion et un emplacement sur le terrain d’une ferme qui étaient parfaits. Mais ce camion était lourd et les champs très mouillés, il ne pouvait pas monter les petites collines pour prendre sa place. Les pneus glissaient ou se bloquaient dans la boue. Donc, nous avions réquisitionné le tracteur du fermier pour le tirer en haut de la colline, à l’endroit parfait ! Malheureusement, il n’avait plus d’essence ! Alors, nous avons dû utiliser un autre tracteur que nous avons attaché au camion et cette fois-ci, nous sommes parvenus à le placer au bon endroit. Mais, c’était la fin de l’après-midi et quand j’ai commencé à prendre les premières photos, la lumière n’était plus au rendez-vous. Nous avons alors laissé le camion sur place, nous sommes rentrés à la maison qu’on utilisait comme « base de campement» et j’ai fait à manger pour tout le monde. Le lendemain matin, nous y sommes retournés, j’ai positionné mon échelle et nous l’avons fixée au sol. Morgaine est montée et mon équipe de trois personnes a retiré son échelle, puis ils sont allés se cacher derrière le camion et j’ai enfin photographié Morgaine. La lumière était exquise et je savais que j’avais enfin la photo que j’imaginais depuis six mois.

Voici une autre anecdote de cette séance, qui est aussi vraie pour d’autres séances, ce n’était pas la première fois que je la photographiais dans cette position. J’avais essayé deux autres lieux, les mois précédents, mais la photo ne marchait pas. Il n’y avait pas le feeling que je recherchais, je n’arrivais pas à obtenir cette séparation nette avec la femme nue suspendue par la bouche, alors que dans les champs, sa peau pale contrastait bien avec les tons gris foncé de l’herbe sur la colline derrière. C’était parfait, cette petite femme semblait vulnérable alors qu’en réalité ce sont sa force et sa détermination qui lui permettaient de se suspendre par la bouche à une machine construite en 1957, à Détroit.

Une autre fois, j’ai photographié trois femmes suspendues à l’envers devant l’Opéra de San Francisco. Pendant des mois, j’avais contemplé ces lampadaires géants en fer qui faisaient partie de la façade du bâtiment. Finalement, je savais ce que je voulais faire : suspendre ces trois femmes aux lampadaires dans la lumière du matin. Nous sommes arrivés avant l’aube. Une des femmes a expérimenté certaines poses sur les lampadaires. Quand j’ai vu la forme qui me plaisait, j’ai dit « Ok, Allons-y ». Elles se sont déshabillées, ont couru vers leurs lampadaires, ont grimpé et se sont suspendues par les pieds. Je savais que j’aurais une seule chance pour prendre ma photo dès qu’elles seraient installées. Effectivement, deux minutes plus tard, le gardien est arrivé, il a regardé en haut à droite et a été choqué de voir cette femme là. Puis, il a regardé à gauche et a vu exactement la même femme, car elles étaient jumelles ! Sa réaction a tardé mais il a commencé à crier et à les chasser aussi vite qu’elles descendaient du mur. Il n’a pas pu nous attraper car nous sommes montés dans ma voiture et avons quitté les lieux très vite. C’était une prise de vue simple, rapide et sans beaucoup de préparation, mais avec une exécution parfaite. C’est ce côté amusant qui est au cœur de beaucoup de ces séances photos. Ce sont des performances exceptionnelles, uniques et qui ne pourront jamais être refaites. J’ai dirigé, produit ces performances et je les ai capturées avec mon appareil photo. Puis nous sommes partis pour ne jamais revenir.

Penses-tu continuer longtemps cette série ou as-tu une nouvelle idée à exploiter ?

Oui ! Comment pourrais-je ne pas continuer ce travail ? C’est devenu une passion. Cependant, je travaille aussi sur une série plus classique de nues, ceci est au centre de ce que je fais !

Il y a tant de gens avec lesquels j’aimerais travailler et qui aimeraient également travailler avec moi. Il y a tant d’endroit où je voudrais créer des images. Il y a, donc, tant d’inspiration et le besoin de m’exprimer de cette manière. Cet automne, je reviens en France pour deux raisons. Il y a deux expositions de mon travail, la première au mois de novembre pendant le salon Paris Photo et la deuxième au mois de décembre et de janvier, chez mon galeriste « Galerie Catherine et André Hug ». Après, je resterais à Paris pour continuer à travailler sur une série que j’ai commencée l’année dernière en collaboration avec des artistes de cirque. Ma nouvelle direction sera donc avec ces artistes de cirque en France et en Europe. Je suis très excité à ce sujet.

Tu vas continuer à travailler uniquement en noir et blanc ou penses-tu à la couleur ? Pourquoi ce choix ?

Non, je n’ai pas l’intention de travailler avec la couleur. Je ferai ce travail uniquement en noir et blanc. L’ironie c’est que j’ai été connu pour mon travail de couleurs à un moment donné et je ne faisais que ça. J’ai été connu aussi en tant que photographe qui pouvait illuminer une image. C’était nécessaire en fonction de la lumière, je travaillais au flash avec des films couleurs transparents à vitesses basses en ASA ou ISO.

Quand j’ai commencé ce projet, je ne voulais pas de l’artifice des couleurs brillantes, de la lumière ou même du travail « extra » avec Photoshop. Je suis plutôt retourné aux basics. Au début, lorsque j’ai appris la photographie, je travaillais uniquement à l’argentique, en noir et blanc et j’ai appris à exposer avec la lumière disponible. C’était un vrai travail de créer une image qui parle aux spectateurs à travers la composition, le contenu et le plus important, l’émotion. J’adorais l’émotion du noir et blanc. Quand je découvrais un endroit ou que j’imaginais une image, je visualisais toujours la lumière à un certain moment de la journée, soit avec un contraste fort ou doux, brumeux et nuageux ou bien ensoleillé. Je pensais à la couleur de la peau et comment elle contrasterait avec l’herbe, les arbres, les pierres ou le sable.

Parfois, on arrivait à un endroit et je ne prenais pas de photo car la lumière n’était pas celle que j’avais imaginée. J’attendais et il fallait revenir pour avoir la lumière que je voulais au bon moment de la journée.

Je trouve que la couleur peut être une distraction du contenu et de la forme de l’image. Et plus important, je trouve que le rapport émotionnel est plus fort en noir et blanc.

Tu as sorti un recueil de cette série, comment est-elle reçue par la communauté photographique ?

C’était accablant et une expérience qui rend humble. Il y a des personnes que j’admire depuis des années, même avant de devenir un photographe professionnel, qui m’ont inspiré avec leurs réactions et leurs conseils positifs. En dehors d’exprimer leurs appréciations et leurs compliments, elles m’ont encouragé à continuer. Mais je l’aurais fait de tout façon car je suis motivé par le rythme de la juxtaposition et je le sens tous les jours. Je suis motivé par l’émotion du lieu et de la personne. C’est pour ces raisons que je travaillerai en France.

 

Site d’Acey Harper

Propos recueillis par AB