Saigon execution, 1968

Un acte ignoble mais compréhensible

Nguyen Van Lem marche le long de l’avenue d’un pas lourd et l’air hagard ; les mains liées, un peloton de soldats l’accompagne. L’escorte et le prisonnier s’immobilisent à la hauteur d’un autre groupe, parmi lequel se trouve le photographe américain Eddie Adams.

À partir de là, tout se passe très vite ; un homme qui semble faire office d’autorité dégaine son pistolet et l’agite, de sorte à faire dégager les soldats encore présents aux côtés du prisonnier. L’homme tend son bras et tire. Instantanément, le fusillé tombe et déverse son sang sur le bitume.

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Planche contact, Eddie Adams, 1er février 1968

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À défaut de pouvoir légitimer un tel acte, chose impossible vis-à-vis d’une telle barbarie, établir le contexte de cet évènement peut aider à comprendre le geste (mais certainement pas à l’excuser).

Le 30 janvier 1968, deux jours avant l’exécution de Nguyen Van Lem, la guerre du Vietnam prenait un autre tournant ; les forces du nord (essentiellement les Viêt-congs soutenus par le bloc communiste) attaquent simultanément plus d’une centaine de villes contrôlées par les forces du Sud (soutenues par les américains).

Dans le cadre de cette gigantesque opération d’offensive, certains civils, sympathisants de la cause communiste, se soulèvent et commettent des attentats ciblés contre les forces du sud et leurs personnalités.

Nguyen Van Lem était le capitaine d’un commando terroriste de Saigon dont la dernière mission massacra une famille toute entière ; cette famille était celle d’un ami proche du Général Nguyen Ngoc Loan, l’homme qui abattu sommairement Van Lem…

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Le générale Nguyen Ngoc Loan

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L’analyse du cliché, dépourvu de son contexte, a conduit à une controverse historique d’importance. À l’époque la violence de l’image a amené à juger la scène comme un acte gratuit de barbarie, typique du régime sud-vietnamien déjà fortement critiqué par l’opinion publique américaine.

Et pourtant les faits tempèrent l’image. Le photographe Eddie Adams confessa longtemps après les évènements, au moment de la mort de Nguyen Ngọc Loan : « ce type était un héros. L’Amérique devrait le pleurer. Je déteste l’idée de le voir partir de cette manière, sans que personne ne connaisse rien de lui ».

De mon point de vue, sans avoir connaissance d’un quelconque acte de bravoure du général, ce type n’est pas un héros! Même si le contexte de cette exécution estompe l’image du barbare froid qu’on lui associe habituellement, il reste un meurtrier et se dote de la même bassesse morale que sa victime.

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