Ray’s a Laugh, 1990-1996

Le projet culte sur la famille de Richard Billingham

La photographie de ce jour, imageant un chat « volant » par-dessus un vieil homme, est inhérente au projet Ray’s a Laugh du photographe Richard Billingham. 

La scène se déroule dans le salon d’un petit appartement, au sein d’une cité HLM de la banlieue de Birmingham. Il s’agit de l’endroit où Richard Billingham passa la majeure partie de son enfance et l’intégralité de son adolescence.

Les scènes du projet Ray’s a Laugh se localise dans cette habitation, située au 7ème étage d’une tour. Le photographe y a capturé le quotidien de sa famille, entre 1990 et 1996.

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La cité Cradley Heath à l’est de Birmingham

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Au départ, l’intention de Billingham n’était pas de constituer un projet photographique. L’artiste souhaitait recueillir des photos de son père Raymond (Ray) qui lui serviraient à la réalisation de peintures.

« Avant d’aller en école d’art, j’ai pris des cours de peinture pendant un an. À l’époque, je vivais avec mon père. Ma mère avait quitté mon père parce qu’il buvait tout le temps. C’était juste lui et moi dans un petit appartement. J’ai commencé à faire des peintures très rapides de lui, avec un temps de pose de 15 minutes environ. Il ne pouvait pas poser plus longtemps. Du coup, j’ai acheté un appareil photo pour le peindre à partir des photos. C’est comme ça que j’ai commencé. » ¹

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portraits de Ray, tirés de l’ouvrage Ray’s a Laugh, Richard Billingham

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En 1990, la famille Billingham se réunit à nouveau ; Liz la mère, et Jason le fils cadet s’établissent dans le petit appartement. C’est à partir de cette année-là que le photographe entame, consciemment, le portrait en images de sa famille…

Armé d’un appareil photo très sommaire (qu’il explique avoir acheté à crédit en persuadant le vendeur qu’il travaillait comme bibliothécaire), le jeune étudiant s’attache à relever dès qu’il le peut, les moments du quotidien de Ray, Liz et Jason.

Evidemment, la force et la singularité de ce décrit photographique tient, en partie, à la famille qu’elle représente… Les personnages sont colorés, écorchés, haineux et aimants.

Le père, Raymond, est sans emploi et alcoolique (il consomme exclusivement de la bière de sa fabrication). La mère, Liz a une personnalité explosive, est violente avec son mari, et cultive une obsession pour les objets décoratifs. Le fils cadet, Jason, est un très jeune père, et a passé une bonne partie de son enfance en famille d’accueil. Mais malgré le chaos apparent du foyer, l’amour entre ses membres est bien présent. Le regard du photographe pour ses proches est lui-même empreint d’affection.

« Il y’a de l’amour dans mes images, parce que si tu regardes des documentaires sur la nature à la télé, ceux de David Attenborough sur les grands singes, les loups, les renards des neiges, il est objectif, il parle comme un scientifique, mais en même temps il adore les regarder. Donc il y a de l’objectivité et en même de temps de l’amour. Il ne pourrait pas le faire sans passion.

Moi-même, lorsque j’ai pris ces photos, je les regardais comme le ferait un naturaliste, comme si j’étais en train de regarder un renard ; avec objectivité et amour. » ¹

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Images tirées du projet Ray’s a Laugh, R. Billingham, 1990-96

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À l’époque où Billingham photographie sa famille, ses professeurs d’art montrent un grand enthousiasme pour le projet, et ils l’encouragent à poursuivre.

« J’étais étudiant et mes profs me disaient que les photos étaient meilleures que les peintures, donc quand j’ai eu mon diplôme, je suis retourné à Birmingham, et j’ai lâché la peinture. » ¹

Après ces études, Billingham trouve un boulot dans un supermarché de la région, et met son travail artistique en stand-by. Malgré tout, il fait représenter ses images par un galeriste, et petit-à-petit son travail se fait connaître. En 2000, sort le livre Ray’s a Laugh, et le succès est énorme! Cette famille haute en couleur, et le caractère spontané des images, fascine le public…

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Couverture du livre Ray’s a Laugh

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Ce formidable projet a dévoilé la vision inédite d’un photographe. Malgré les défauts, et l’aspect « amateur » des clichés, cette esthétique maladroite confère aux images un réalisme et une grande franchise.

R. Billingham, qui est aujourd’hui professeur de photographie, nous parle avec recul et humilité de ce projet, et de son caractère spontané qui a fait son succès:

« Je pense que je ne serai jamais capable de refaire ce genre de photos. J’aime bien enseigner à de jeunes étudiants qui ont 18-19 ans parce qu’ils sont précisément dans cette position, ils ne connaissent pas le travail des autres et ils sont plus sincères. Quand ils sont à un niveau plus avancé, en master par exemple, le travail est moins bon parce qu’ils en savent déjà trop. »

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    1. Source: Vice Magazine