Earthrise, 1968

Le Monde aperçoit le Monde

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L’astronaute William Anders se propulse à travers l’habitacle du vaisseau, et dans un geste fébrile, il arme son Hasselblad… À la manière de ce personnage de thriller paniqué, qui cherche à insérer sa clé de voiture. Enfin, il pointe l’objectif à travers le hublot, et déclenche.

– Tu l’as eu? Demanda un homme flottant

– Ouais répondu Anders

Le 21 décembre 1968, une fusée perce le ciel du Cap Canaveral, avec à son bord trois américains : Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders, ils sont en route pour le premier voyage autour de notre lune.

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Frank Borman

Jim Lovell

Bill Anders

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A mi-chemin entre la terre et notre satelitte, des images filmées sont diffusées en direct sur toutes les télévisions américaines. On nous y donne à voir l’habitacle, les astronautes Anders et Lovell, tandis que le commandant Frank Borman tient la caméra.

 

Après trois jours de voyage, le vaisseau de nos trois explorateurs entre dans l’orbite lunaire.

A cette occasion, un nouveau direct est diffusé, et les téléspectateurs peuvent admirer la surface de la lune qui défile sous les pieds des astronautes.

C’est alors que dans un élan pieux, les trois hommes décident « d’adresser un message à la terre », et se lancent dans la lecture du chapitre 1 de la Genèse.

« Au commencement, Dieu gna gna gna… »

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Lorsque l’équipage entame son quatrième tour d’orbite, il se dévoile à travers la fenêtre un « lever de terre », un phénomène qui peut se produire depuis le point de vue du vaisseau, mais qui n’existe pas depuis celui de la lune. En effet, notre satellite trace une orbite quasi constante autour de la terre, à un même degré, et n’en dévie presque pas.

En imaginant que nous observions la terre depuis la surface lunaire, notre planète resterais figée dans le ciel noir, comme un cadre pendu.

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Représentation de l’orbite lunaire

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À la vue de ce spectacle, William Anders souhaite prendre une image en couleur, et demande à Jim Lovell de lui passer un Ecktachrome (Kodak), afin qu’il puisse charger son Hasselblad. L’opération prend un certain temps, et le commandant Frank Borman commence par prendre un cliché en noir & blanc de la scène.

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La toute première image prise par Frank Borman

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Lorsque Anders est enfin prêt à prendre l’image, la terre disparaît de son point de vue, et il pense avoir manqué l’opportunité, mais la scène réapparait depuis un autre hublot. L’astronaute s’affaire et réussit à prendre plusieurs clichés selon différentes expositions.

Voici l’enregistrement originale, et la conversation complète entre les trois hommes pendant ce « lever de terre » :

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Une chose intéressante est la différence de perception d’orientation entre Frank Borman et Bill Anders ; le commandant, qui captura la première image, a toujours souhaité la présenter de manière latitudinale, selon sa perception de la scène au moment donné. William Anders, lui, envisage l’image verticalement.

Sans aucune gravité, notre oreille interne se retrouve dans l’incapacité de nous situer, et le nord se confond parfaitement avec le sud.

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Orientation originale de l’image, selon son auteur, William Anders

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Au-delà des anecdotes, des détails techniques et des habituels scénarii complotistes (qui affirment qu’Apollo 8 n’a jamais quitté la surface terrestre), cette image eu un grand impact écologiste sur les consciences.

La photographie nous présente notre petit monde bleu, avec pour seul voisin l’infini obscur de l’univers. L’image insiste sur le fait que nous n’avons qu’une seule planète, et que le déménagement n’est pas envisageable. Il nous faudra donc le préserver.

Chose sur laquelle on bosse dur grâce à nos sacs de course en toile recyclée, et notre liquide vaisselle bio.

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