Dalí Atomicus, 1948

MIAAAAAAWWWWW !!!

Au sortir de la guerre, le temps est à l’euphorie, celle de la liberté enfin retrouvée… La période est également marquée par de grandes avancées dans le domaine de la physique quantique ; l’atome est au coeur de l’actualité, et le mécanisme de ses particules s’élucide petit-à-petit, donnant lieu à des découvertes stupéfiantes (et à une arme dévastatrice).

Le peintre Salvador Dali se passionne pour ce monde de l’infiniment petit, constitué de particules en suspension. Son imaginaire est excité par les hypothèses les plus prodigieuses de la science ; on parle d’antigravitation, d’antimatière…

Dès lors, Dali désire donner corps à cette nouvelle obsession ; mettre en image ce monde surréaliste et invisible de l’atome.

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Leda Atomica, Salvador Dali, huile sur toile, 1949

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En 1947, le peintre surréaliste commence l’élaboration de sa toile « Leda Atomica ». Avec l’aide du prince Matila Ghyka, mathématicien roumain, Dali réalisa de savants calculs théoriques pour définir les proportions et la perspective dans le tableau. La peinture synthétise des siècles de tradition mathématique et symbolique, spécialement les apports pythagoriciens.

Dans cette oeuvre, chaque élément flotte, tout est suspendu comme le sont, théoriquement, les particules atomiques. Incontestablement, cette toile inspirera le célèbre cliché « Dali Atomicus ».

En 1948, le photographe Philippe Halsmann s’allie à Salvador Dali pour concevoir la folle photographie. Halsmann est un portraitiste de renom ; il eu notamment comme sujets Einstein, Groucho Marx, John F. Kennedy, Winston Churchill, Alfred Hitchcock, Louis Armstrong ou encore Marilyn Monroe.

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portrait de Philippe Halsmann, Life magazine

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Comme ils réfléchissent à la construction de l’image, les deux hommes repensent à un cliché qui, 12 ans plus tôt, avait fait sensation…

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Milk Drop Coronet, Harold Edgerton, 1936

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L’ingénieur et inventeur Harold Edgerton prit ce cliché à l’aide d’un flash produisant un éclair de lumière extrêmement bref (1/1000000 de seconde), ce qui lui permit de figer l’éclaboussure d’une goutte de lait.

Cette incroyable photographie donna aux deux artistes l’inspiration ; le liquide suspendu sera au centre de leur image.

Dali et Halsmann pensent d’abord réaliser le cliché en utilisant du lait, mais ils abandonnent rapidement l’idée et choisissent de le faire avec de l’eau pour ne pas choquer les Européens qui sortent d’une dure époque de privations.

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Planche contact, Philippe Halsmann, 1948

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Le journée de prise de vue fût de toute évidence, rocambolesque, éprouvante et riches en anecdotes.

La chaise de gauche est tenue en l’air par l’épouse de Halsmann. On compte jusqu’à trois : les assistants lancent 3 chats et un seau d’eau. À quatre, Dali saute en l’air et Halsmann déclenche. Pendant que tout le monde récure le sol et console les chats, le photographe développe le film pour voir le résultat. Au bout de 6 heures et 28 essais, la photo est bonne !

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Dali Atomicus (cliché retenu), Philippe Halsmann, 1948

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La réalisation de cette image (en une seule prise) inspire l’admiration ; c’est un véritable défi qu’on relevé les deux artistes. Malgré tout, une ombre se dessine sur le tableau: il y a eu tricherie!

En observant bien la photographie, on voit que l’ombre de Dali se confond avec celle du pied du chevalet. Mais on voit aussi très clairement, à la place de la toile, un cadre vide, au travers duquel passe la lumière… L’oeuvre posée sur le chevalet fût ajoutée ensuite, par collage.

Et il ne s’agit pas là de l’unique tromperie… Je vous quitte sur l’image originale, non-retouchée et non-recadrée, dans laquelle on peut observer le cadre effectivement vide, mais aussi les fils suspendant les objets, et la « secrétaire » tenant la chaise.

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