Cheval en mouvement, 1878

Depuis que l’homme existe, depuis que la curiosité caractérise son règne, il s’interroge, et tente de démêler les mystères de notre monde. Ces énigmes que nous nous attachons à résoudre sont tantôt fondamentales et charnières pour notre évolution, tantôt pure appétence du « connaître ».

C’est avec cette volonté du savoir, qu’il y’a 139 ans, Eadweard Muybridge ériga au rang de fait, ce qui n’était jusque là, qu’une hypothèse zoologique… Il y parviendra grâce aux innovations photographiques de son époque.

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Eadweard Muybridge

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Le britannique mène ses travaux à une période de grandes révolutions dans ce domaine ; la technologie des dispositifs photographiques et des supports photo-sensibles connaissent des avancées fulgurantes.

En cette fin du XIXe siècle, le bouleversement n’est pas vraiment celui de la qualité de l’image, qui, même si il évolue en se précisant, ne représente pas une avancée aussi énorme que celui de la rapidité de prise de vue. 

La photographie a commencé son histoire avec le procédé de Nicéphore Niépce, qui consistait en une solution photo-sensible très peu réactive à la lumière ; une substance fossile nécessitant des heures et des heures d’exposition, à l’exemple du tout premier cliché de l’histoire, capturé sur une pose de 72 heures.

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Point de vue du gras, Nicéphore Niépce, 1827

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Durant les années 1830, le français Louis Daguerre, développa le procédé qui allait dominé le marché de la photographie pendant plus de 20 ans ; le très modestement dénommé Daguerréotype.

Ce support sensible, consistait en une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’iodure d’argent, une molécule réactive à la lumière. Lorsqu’elle est exposée, la plaque enregistre une image invisible, dite « image latente », qui est ensuite révélée grâce à un bain de mercure.

Ce nouveau procédé génère des images d’une qualité exceptionnelle. Mais surtout, le temps d’exposition requit par le daguerréotype est drastiquement revu à la baisse ; 15 à 30 minutes est désormais un temps suffisant pour produire une image.

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La Seine vue du Pont-neuf, daguerréotype, 1839, Auteur inconnu

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Le daguerréotype, bien que produisant des clichés détaillés, souffre de sa lenteur ; le photographe l’utilisant est cantonné aux sujets immobiles ou à la réalisation de portraits très éprouvants pour les modèles…

Vers 1850, le procédé de Daguerre est supplanté par la technique du Collodion humide (ou Ambrotype), capable de capturer les détails avec une précision fabuleuse, et doué d’une sensibilité à la lumière bien plus importante. Le temps d’exposition est réduit à quelques secondes.

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Portrait d’Abraham Lincoln, Ambrotype, Preston Butler, 1860

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Au fil des années, le procédé de l’Ambrotype sera perfectionné pour atteindre des sensibilités encore supérieures ; vers 1875, il est exposable sur 1/1000e de seconde!

Ce bref historique nous ramène à l’image du jour… En 1878, Eadweard Muybridge emploiera l’Ambrotype pour sa série d’images Cheval en mouvement (Horse in motion).

Le britannique, connu pour ses expérimentations photographiques, et notamment pour avoir réalisé un panorama à 360° de la ville de San Fransisco, compte parmis ses mécènes Leland Stanford, passionné par les chevaux de course, mais également éleveur et entraîneur.

C’est par ce personnage que Muybridge prend connaissance de la polémique sur le galop du cheval, qui fait rage à l’époque… Le débat oppose deux convictions : ceux persuadés que le cheval au galop n’a jamais les quatre fers en l’air au cours des phases d’extension, et ceux convaincus du contraire.

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représentation érronée du cheval en extension, Théodore géricault, 1821

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Début 1878, un prix est offert à qui résoudra le mystère et Muybridge se propose de le gagner en utilisant la photographie.

Pour ce faire, il dispose douze appareils photographiques le long d’une piste équestre blanchie à la chaux (pour apporter un maximum de lumière). Le procédé au collodion humide impose une contrainte : comme son nom l’indique, la solution doit rester humide, il faut donc préparer la plaque quelques secondes avant la prise de vue, afin qu’elle ne puisse sécher.

Ensuite un jockey s’élance sur la piste. A hauteur de chaque appareil, le cheval se heurte à de minces fils tendus, servants à actionner l’obturateur. Le mouvement de l’animal est ainsi décomposer en image, étape par étape.

Les photographies sont publiées peu après, apportant la preuve définitive qu’un cheval ne décolle jamais ses quatre fers en phase d’extension.

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Cheval en mouvement, Eadweard Muybridge, 1878

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