Autoportrait après avoir été battue, 1984

La photographe Nan Goldin est l’auteure et le sujet de cette photographie. Elle pose devant son objectif, les paupières écchymosées, et l’oeil injecté de sang ; un mois plus tôt, son petit-ami la frappait.

Goldin est une photographe de l’intime. Elle enregistre son quotidien, ses moments ordinaires, ses peines, et ses joies. Elle cherche à dépeindre sa vie et celle de son entourage avec la plus grande spontanéité. Sans interpréter ce qu’elle voit, elle le restitue dans sa forme immédiate.

Sa franchise et son appétit pour la vérité sont les marqueurs de son oeuvre photographique, et peuvent être interprétés comme une réaction à son éducation au sein de la classe moyenne d’une banlieue de Washington, et au mutisme de sa famille après le suicide de sa soeur à l’âge de 18 ans.

Elle parle en ces mots de son travail: “C’est une tentative de percevoir ce qu’une autre personne ressent. Il y’a un mur de verre entre les gens, et je veux le briser. Une photographie est pour moi une manière de toucher quelqu’un, c’est une caresse.”

L’autoportrait paraît pour la première fois en 1986, dans son livre The Ballad of Sexual Dependency, un ouvrage rassemblant des images de sa vie, et de celles de ses amis, des junkies et des marginaux. Un livre aujourd’hui culte et pilier dans l’histoire de la photographie.

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The Ballad of Sexual Dependency, 1986, éditions Aperture

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Son petit ami Brian, fut profondément embarrassé par la diffusion de cette image (et c’est tant mieux). De manière assez évidente, l’homme ne souhaitait pas devenir « celui qui avait frappé Nan », et de ce fait un anti-symbole des violences faites aux femmes.

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Brian

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Cependant, Nan Goldin ne nomma pas l’auteur de ses blessures, la légende de l’image précise seulement que des coups lui ont été portés. De cette manière la photographe propose un témoignage plus universelle: celui de toutes les femmes battues.

Lorsqu’il a été demandé à Nan Goldin quelle était la raison de cet autoportrait, l’artiste répondu ceci : « Je ne désirais pas ramener cette image à ma seule expérience, mais à celle de toutes les femmes, de tous les hommes, et de toutes les relations ; la violence est potentielle dans chaque couple. »

Cette déclaration est peu nuancée ; il est peu probable que chaque homme soit un compagnon violent en puissance… Mais toute généralisation à part, l’intention de l’artiste est admirable ; elle nous donne à voir la réalité froide de cette forme de violence, une chose choquante pour beaucoup, mais nécessaire pour conscientiser le monde, et peut-être encourager de futurs témoignages.

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