99 Cent, 1999

La "photographie" qui valait 3 millions

Ironiquement, cette image d’Andreas Gursky, représentant un supermarché aux « bonnes affaires » (tout à 99 cents), se classe au 5ème rang des photographies les plus chères au monde.

Elle acquit ce titre lors d’une vente publique le 7 février 2007, où elle a été adjugée pour 3,34 millions de dollars. La vente d’un autre tirage à New York en mai 2006 a rapporté 2,25 millions, et un troisième tirage a été vendu 2,48 millions par une galerie new-yorkaise en novembre de la même année.

Andreas Gursky entre à l’école des beaux-arts de Düsseldorf en 1980, et devient l’élève de Bernd et Hilla Becher, un couple de photographes célèbres pour leur esthétique documentaire ultra-rigoureuse. L’influence des Becher sur le jeune Gursky est notable dès le début de sa carrière ; sa composition est toujours précise et minimale, il adopte des points de vues reculés, et la profondeur de champ dans ses images est totale.

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Water Tower, Bernd & Hilla Becher, 1978

Ruhrtal, Andreas Gursky, 1989

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Mais contrairement aux Becherdont le projet était la représentation objective et la classification méthodique du bâti industriel, Andreas Gursky va petit-à-petit orienter son oeuvre photographique vers une image plus romancée et grandiose, avec la volonté claire d’impressionner le public…

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Mercedes, Andreas Gursky, 1993

Issue de la série Landscapes, Andreas Gursky, 1990

Issue de la série Landscapes, Andreas Gursky, 1989

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Une nouvelle évolution du travail de Gursky s’opère lorsque le traitement numérique s’invite dans l’affaire… Dès lors, la contrainte de la réalité n’est plus, et il devient possible pour l’artiste de créer des images frauduleuses, des photographies de pure fiction (ou presque).

En 1993, Andreas Gursky réalise une première image à l’aide d’un montage numériqueMontparnasse buildings combine plusieurs photographies d’un HLM prises depuis des points de vues différents et ensuite rassemblées en une large image.

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Montparnasse buildings, Andreas Gursky, 1993

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Notre image du jour, 99 Cent, suit le même processus de fabrication ; elle est le fruit d’un assemblage de plusieurs photographies de différents magasins, augmentant de ce fait la surface du lieu, dont a presque du mal à apercevoir le fond.

S’ajoute à cela des créations de toutes pièces, comme les colonnes blanches et le plafond reflétant les rayons. Gursky a également retouché les couleurs des produits, en les saturant afin de donner une esthétique pop à l’image.

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99 Cent, Andreas Gursky, 1999

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Comme dans l’univers de la publicité, la réalité n’a ici plus aucun droit, tous les coups sont permis! Le réel peut-être transformé à souhait, mais à condition que cela ne se voit pas, et que le produit présenté nous paraisse crédible…

Nous sommes donc aux antipodes de la démarche objective des Becher ; Gursky ne garde de ses professeurs que l’esthétique apparement informative et descriptive du sujet, sauf que ce dernier n’existe pas (ou presque)…

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