Louis Daguerre, Boulevard du Temple

Cette photographie de Louis Daguerre, s’intitule Boulevard du Temple, et fut capturée en 1839.

L’appareil utilisé par Daguerre pour prendre le cliché est le fruit de sa propre découverte, un procédé spécifique, le daguerréotype… Louis, sans pression, a juste donné son nom à un appareil photo.

Pour faire simple, ce daguer-machin consiste en une boîte équipée d’une optique, et renfermant une plaque de métal enduite d’iodure d’argent qui “enregistre” la lumière. Cette solution est ensuite développée avec du mercure pour créer une image directement positive. Le cliché n’est pas reproductible sur un autre support, et est donc bien souvent encadrée tel quel.

Portrait de Memucan Hunt, 1844, Procédé Daguerréotype
Appareil Daguérreotype

Lorsque l’image Boulevard du Temple fut réalisée, la photographie est tout juste âgée de douze ans ; c’est Nicéphore Nièpce qui obtint le tout premier cliché de l’histoire en 1827.

La première photographie, 1827, Nicéphore Nièpce

Cette première représentation du réel a demandé un temps d’exposition de 72 heures, tellement son support photo-sensible (une sorte de bitume) capturait la lumière lentement.

Dix ans plus tard, Louis Daguerre et son procédé à base d’argent améliorent considérablement les choses ; le cliché devient plus précis, et son temps d’exposition est raccourci à quelques minutes.

Nous savons donc que l’image de Louis Daguerre fut prise il y’a presque 200 ans, capturée grâce au procédé Daguerréotype, et qu’elle a nécessité des minutes de pose, plus exactement une quinzaine. Nous savons également que le sujet représente un boulevard parisien habituellement très fréquenté, en pleine journée…

Nous y voilà! Votre absolue perspicacité vous aura fait remarquer que le boulevard est vide. Et bien pas tout à fait, regardez-bien:

 Nous apercevons ce qui semble être les silhouettes d’un cireur de chaussure et de son client. Le reste du boulevard est bien dépeuplé, il n’y a pas un chat.

Alors comment est-ce possible, vu que je le réaffirme, Daguerre a pris cette image lorsqu’une foule dense y circulait.

La réponse est assez évidente pour un initié aux poses longues, elle l’est un peu moins pour un néophyte : sur un temps d’exposition aussi long (15 minutes), une personne circulant dans le cadre pendant moins d’une minute aura une incidence lumineuse (sur le support sensible) extrêmement faible, et donc quasiment imperceptible. Ce fut le cas pour les centaines de personnes qui ont traversé le champ pendant la prise de vue, elles n’y sont restées que quelques secondes.

Mais contrairement à tous les passants, le cireur et son client sont restés sur les lieux durant l’entièreté de l’exposition, et ont marqué l’image de leurs ombres.

Je n’omettrai pas l’information la plus marquante à propos de cette photographie : elle est la toute première à représenter l’humain. Avant elle, le temps de pose très (très) longs des plaques sensibles rendait difficilement concevable la représentation des personnes, qui auraient dû poser des heures entières, immobiles.

Boulevard du temple, 1839, Louis Daguerre