Redonner de la valeur à la photographie

Un coup double. L’article de Libération de lundi et l’émission de France Inter « Regardez voir » de dimanche dernier ont redonné coup sur coup de l’attention sur les conditions actuelles du métier de photographe. Je vous encourage clairement à écouter et lire ces documents.

Une partie de ce qui est déploré est l’absence de considération des pouvoirs publics à l’endroit d’une photographie contemporaine pleine de vie et d’inspiration, mais finalement peu mise en valeur en France, entraînant une précarisation du métier de photographe.

On peut lire dans les commentaires de l’article de Libération qu’un appui des pouvoirs publics au métier de photographe créera un statut de fonctionnaire pantouflard chez le photographe. L’absence de corporatisme de la profession, soulignée sur France Inter, semble pour ces commentateurs signifier un désir de protection tout azimut de quelques privilégiés. Le coup classique de l’assistanat.

Au contraire, ce qui est l’objet de cet article c’est de démontrer que faire une bonne photo relève de compétences, d’un métier développé à travers des formations et de l’expérience et que cette bonne photo a une valeur – et un prix – dont la perception devient difficile sans une intervention publique.

On évacue rapidement le concept de bonne photo, en précisant simplement que la bonne photo est celle qui remplit l’objectif fixé: rendre compte d’un événement, présenter un bien immobilier, cataloguer la collection d’un designer, illustrer les plats d’un restaurant et ainsi de suite. Remplir l’objectif n’est pas seulement de reproduire ce qui est mais d’y glisser un point de vue, une esthétique, des sentiments. Et ceci ne coule pas de source, du « coup d’bol » mais de compétences et de temps.

Il est désormais courant de devoir justifier (!) que l’on vend une photographie et qu’il existe cette chose que l’on appelle « droits d’auteur. » Dominique Sagot-Duvauroux mentionnait sur France Inter un système pas adapté à l’heure du web 2.0. Certes, comment expliquer à son client ébahi – et sans se fâcher – que transformer une image à portée d’illustration web vers une image diffusée sur un support commercial à des milliers d’exemplaire n’a pas le même prix ? L’image devient un fichier numérique comme un autre, librement manipulable, et cette immatérialité en pénalise la valeur.

La perception du public et des clients est donc influencée par l’impression (fausse) que « numérique » signifie « gratuit. » Le numérique n’est pas gratuit que ce soit au niveau matériel (des appareils à renouveler, des ordinateurs, des périphériques de stockage) ou au niveau temps (retouche, sélection, préparation des fichiers par ex.).

Nous arrivons à l’os. Une question de perception sur laquelle les acteurs publics peuvent agir. Nous sommes loin alors de ces commentaires sur Libération qui s’étonnent d’une demande bassement corporatiste de protection. Au contraire, la réponse publique n’est pas si simple. Mais avant même d’agir, encore faudra-t-il répondre puisque les cosignataires de l’article de Libération dénoncent un silence assourdissant en provenance du ministère concerné. Je doute que d’ici les échéances électorales quoique ce soit ne bouge. A quand la prochaine tribune ?

THE PHOTO ACADEMY fait partie de ce nouvel environnement économique de la photographie – multi facette comme le mentionne notamment par Olivier Culmann sur France Inter. Nous constatons tous les jours qu’existe cette approche différente de hobbyiste passionné, ce besoin d’expression artistique au sein de notre public et qu’il s’agit de les distinguer d’une pratique professionnelle. Nous essayons modestement de tenir un rôle d’éducation du public apportant nuances et perspectives sur un sujet récent, complexe et qui n’a pas fini d’évoluer.

 

NB: Par ailleurs, nous allons bientôt démarrer une série d’articles autobiographiques racontant les pérégrinations du jeune photographe professionnel.